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Salut les justes, les juste réveillés.
Vous ne trouvez pas ça injuste, vous autres, de réveiller du monde en pleine nuit, de réveiller des gens qui dormaient du sommeil des justes… ou qui venaient juste de s’endormir. Ce qui est mon cas. Mais on m’a dit, on c’est-à-dire les dirigeants de ce camp, on m’a dit : Bozo, tu te lèves et tu vas faire ce que t’as à faire. Moi je voulais juste dormir, juste dormir. Alors me voilà ; c’est pas moi qui mène. Mais je vous comprends si vous avez le goût d’aller vous recoucher. Il faut dire que vous êtes jeunes… et moi un vieux clown fatigué. Juste dormir, juste dormir, c’est ça qui est juste : LA PAIX ! Mais non, il y en toujours d’autres qui viennent troubler notre paix ; d’autres qui se prennent pour d’autres. Je vais vous dire quelque chose, le problème… c’est les autres. C’est ça, la plupart du temps qui fait que c’est juste. Quand il y en a d’autres, ils finissent par nous écoeurer ; ils veulent prendre notre place, ils veulent avoir la meilleure place. Et si l’autre a la meilleure place, nécessairement j’ai une moins bonne place. Et c’est pas juste. Oh ! ça fait longtemps que ça se passe comme ça. J’ai lu dernièrement un gros livre qu’ils viennent de republier pour la 100e fois au moins. Quand je suis allé acheter ce livre là, le libraire m’a dit que depuis qu’on publie des livres c’est celui qui a été le plus vendu dans l’histoire de l’humanité. « Ça s’appelle la Bible, qu’il m’a dit ; ce qui veut ‘bibliothèque’ : plusieurs livres dans un seul livre. » Eh bien ! j’ai commencé à lire cette Bible et après à peine quelques pages, je suis tombé en plein sur notre problème : l’autre, l’autre qui fait que ce n’est pas juste. Il y avait deux frères, les deux premiers frères dans l’histoire de l’humanité… si l’on croit ce livre, cette Bible. Il y en a un qui cultivait le sol ; il s’appelait CAÏN. L’autre élevait et gardait des moutons ; il s’appelait ABEL. Les deux étaient très religieux et ils décident dans une belle liturgie d’offrir quelque chose à Dieu. Caïn a offert ce qui pousse dans ses champs et Abel un animal de son troupeau. Tout à coup, on sait pas trop pourquoi, Caïn se rend compte (ou imagine) que son offrande est moins bien reçu par Dieu. Était-ce vrai ? sans doute pas mais de toute façon ce sont les perceptions qui sont le plus déterminantes. Et Caïn se dit : « Dieu aime mieux mon frère que moi, c’est pas juste, c’est pas juste ». Il fut jaloux de son frère. Et il s’est dit : « S’il y avait juste moi, je serais le meilleur, mon offrande serait la meilleure. Le problème, c’est qu’il y en a un autre. S’il n’y en pas d’autre, s’il y a juste moi, il n’y aura plus de problème. Ce sera juste, juste moi. Tout sera juste pour moi. » Eh bien ! vous avez quoi. Caïn a réglé son problème, en tout cas c’est ce qu’il croyait. Il a pris les grands moyens : Caput, il a zigouillé l’autre. Fini l’autre. Plus d’Abel, rien que Caïn. Juste Caïn. Est-ce que c’est juste ? Je vous le demande. Ça m’a toujours impressionné cette histoire. C’est complètement dingue et en même temps on peut le comprendre non ? Si l’autre est le problème, il faut trouver une solution. Ah ! vous allez me dire que la solution de Caïn est peu forte, un peu radicale. Vous savez, c’est une solution qui a été souvent employée dans l’histoire de l’humanité. Avec un succès mitigé. Moi j’ai rencontré le même problème. C’était par rapport à l’Église. Il faut que je vous dise que je suis un gars d’Église, un clown d’Église à mes heures. Vous connaissez ça l’Église ; c’est comme la société, c’est un rassemblement, c’est du monde ensemble, le rassemblement des enfants de Dieu dispersés, souvent dispersés. Comment tu mets ça ensemble du monde dispersés ? Eh bien dans l’Église, comme dans la société, le problème c’est les autres. D’ailleurs on n’a qu’à écouter ce que les gens disent de l’Église. L'Église c'est les autres, les fatigants, ceux contre qui on peut chialer parce qu'ils ne sont pas à la hauteur de la situation. Moi j'ai décidé de changer cela. Finis, les autres! J'ai décidé de fonder mon Église, « une Église de rêve ». En fait, c'est que j'ai fait vraiment un rêve, mais je ne sais pas si c'est un rêve ou un cauchemar. En tout cas, ça rejoint un vieux rêve, celui de fonder mon Église, (« Je suis Bozo, et sur moi-même je fonderai mon Église » que je me suis dit. Car, vous l'aurez deviné, mon nom c'est Bozo. Il n'y a pas de quoi en faire un plat. Un clown qui s'appelle Bozo, c'est comme un chien qui s'appelle Pitou). Mais revenons à mon Église, à mon rêve d'Église, à mon Église de rêve, que je croyais. Comme j'étais seul dans mon Église et que Dieu avait dit qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul, alors je me suis reproduit moi-même à des centaines, à des milliers d'exemplaires. Le clonage du clown ; rien d'impossible ! Des centaines, des milliers de petits Bozo, quelle Église ça faisait ; vraiment une Église de rêve. Une Église où tout fonctionnait dans l'harmonie la plus complète. Il n'y avait que moi, que des moi-s à l'infini. On avait remplacé (on i.e. moi et moi et moi ...) on avait remplacé cet adage tellement compliqué et difficile à vivre du « Aimez-vous les uns les autres » par celui beaucoup plus simple du « Aimez-moi les uns les mêmes ». Dans cette Église universelle, catholique de ces mêmes moi (s) réunis, j'étais le pape et tous les autres moi-même étaient papes aussi ; en fait, il n'y avait que des papes comme moi, c'était une grande Église. On n'avait pas besoin d'aller à Rome ; Rome était partout, la même, universellement la même. On avait éliminé les autres. En fait, les autres s'étaient éliminés d'eux-mêmes puisqu'ils n'étaient pas moi et que c'était une Église de moi(s), c'était mon Église. D'ailleurs, je vous l'ai dit, le problème dans l'Église, c'est les autres. Quand il n'y a plus d'autres, il n'y a plus de problème. Dans mon Église, il y avait des prières et des liturgies magnifiques. On avait, entre autres ces journées mémorables des « premiers vendredis du moi », en fait, c'était les premiers vendredis des moi ; tous les moi (moi, moi et moi) se réunissaient à tous les mois pour se rappeler, pour faire mémoire (ou plutôt pour faire mes-moi) comment on était bien ensemble. C'était une communauté unie, une communauté unie-forme, tout était en forme de moi. On ne célébrait plus les dimanches ; on ne célébrait qu'une manche. D'ailleurs dans les Églises où il y a encore les autres, il y a trop de manches qui essaient de tirer sur la couverte. Même au baseball, on a compris cela ; c'est rare qu'on se rende aux dix-manches ; habituellement on arrête à neuf manches, à moins qu'on soit nul. Parlant de baseball, ça me fait penser à un des drames actuels de notre société, je ne parle pas de la survie des Expos, mais du Toit(toi) l'écroulement du toit, (du toi) ; on le sait, le toi n'est pas solide, il se déchire facilement ; c'est pourquoi il ne compter que sur soi. C'est pourquoi je ne dois compter que sur moi. Toi où es-tu ? On est tellement bien quand on est entre soi, quand on est entre moi ; on ne risque pas de s'entredéchirer comme tous les toi. Je ne comprends pas ce qui a pris au « Bon Dieu » d'en faire d'autres que moi. Mais à qui je parle là ? Ah! vous êtes là. Excusez-moi, je ne vous avais pas vus. Je ne vous avais pas vraiment vus. Où est-ce que vous étiez ? Là ? Vous étiez là ? VOUS ETES LÀ ! Wow ça change tout. Vous êtes là. Je sors de mon rêve, je sors de ma torpeur, je sors de mon cauchemar. Si vous êtes là et que je suis là, ça veut dire que nous sommes là. Ça veut dire qu'il n'y a pas rien que des moi, qu'il n'y a pas rien que moi. Il y a toi aussi, vous aussi, ayoyeyoyeyoye ! Toi et moi, moi et toi, vous et moi, moi et vous NOUS. Ça veut dire que c'est vous mon problème. Mais tout cela, vous, nous, comment va-t-on s'appeler ? Les Nous, les nous quoi ? les « noudistes », les autres nous, non les NOUS AUTRES, c'est ça, les NOUS AUTRES, ah oui c'est ça NOUS AUTRES. On est les NOUS AUTRES. Mes Vous autres - Nous autres, vous brisez tous mes rêves d'Église entre Moi ; qu'est-ce que vous faites là ? Pourquoi êtes-vous là ? Qui vous mis là ? Je suis renversé, bouleversé, inversé, je ne sais plus. Ça veut dire que l'Église, ça serait vous aussi. L'Église c'est NOUS AUTRES.
Chanson : L'Église, c'est nous autres
L'église, c'est nous autres Où étions-nous passés Sommes-nous des astronautes D'un espace oublié?
Église, t'es nous autres Où étais-tu passée? On fait les gorges chaudes Mais on s'est oublié -------------------- Je me croyais tout seul À marcher sur le chemin Quand d'autres sont apparus Pour briser ce destin
Je me croyais tout seul À grignoter mon pain Mais d'autres sont venus Pour en faire un festin
------ T'es pas tout seul Regarde autour, tu ne vois rien? T'es pas tout seul Regarde autour, tu verras bien ------
Je croyais que l'aurore N'existait pas pour moi Qu'au bout du corridor Il n'y avait rien de toi
Je croyais que la mort Enfermait toute joie Qu'il n'y avait pas de port Même pour celui qui croit ---- T'es pas tout seul Regarde autour, tu ne vois pas T'es pas tout seul Regarde autour et tu verras ______________
Reprise de :
L'Église c'est nous autres...
et de
T'es pas tout seul...
Musique
T'es pas tout seul...
L'Église c'est les autres Qui sont pas très loin L'Église c'est nous autres Même un peu plus loin
On est pas tout seul Regardons autour, on verra bien
En parlant de regarder autour, vous connaissez l’histoire de Jeshoua de Nazareth, un petit Juif du 1er siècle, un homme assez spécial qui aimait raconter des histoires.
Le prochain et Sam Maritain
Oui c’est difficile de regarder autour et de voir le prochain. On a tellement de choses à faire, on est tellement pressé. Je ne sais pas pour vous autres mais en ce qui me concerne : il n’y a pas juste ça le prochain. La justice, la justice, c’est bien beau mais…
Mon problème c’est encore les autres
Les tas unis et la justice
C'est bien beau ça mais je dois partir ; ça a l'air que dans l'Église on supporte difficilement que ça dure trop longtemps. J'ai assez dérangé. Ah tant pis il faut que je vous dise, dans votre Église, dans notre Église, dans l'Église des nous autres n'acceptons jamais qu'il y en ait qui sont nés pour un p'tit pain. Moi j'ai cru ça à un moment donné parce que je ne sais que jouer du gazou. Alors que je rêverais de jouer du violon. Je croyais que j'étais né pour un gazou. Mais j'ai fini par refuser cette sagesse qui ratatine tout : Personne n'est né pour un gazou, personne n'est né pour un p'tit pain.
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