Jean-Marc Gauthier

 

Monologues

 

 

 

 

Spectacle-monologue sur Pauline Jaricot

(Propagation de la foi, le 20 novembre 1999 à Québec)

 

 

Eh ! bien tant mieux. Moi, ça va assez bien, à part le fait que je doive vous présenter quelqu'un que vous connaissez sans doute mieux que moi. C'est vrai, je ne l'ai jamais rencontré cette femme, moi. Vous non plus, je le sais bien mais c'est tout comme car vous êtes des propageux et des propageuses de la foi, alors que moi, je ne suis qu'un pauvre clown, même pas drôle. Mon nom est Bozo, clown pour adultes. (École des clowns - Sol, mon maître à penser en clowneries mais je n'ai jamais été capable de m'élever à sa hauteur, i.e à la hauteur du sol ; moi je suis un sous-sol, un clown pour adultes...recyclé).

Mais oublions Bozo (on est toujours là à raconter nos affaires, nos histoires) et revenons à Pauline ; C'est quand même elle l'héroïne de la fête. 200 ans, ce n'est pas banal ; ça se fête. Moi quand j'aurai 200 ans, je voudrais qu'on me fête mais ce n'est pas pour demain... heureusement. De toute façon, comme beaucoup d'autres, je suis pris avec la fin du millénaire et je me demande encore si je dois boguer ou jubiler. Car c'est la grande question, vous savez : est-ce qu'on va boguer ou jubiler à la fin de ce millénaire ? Mais je m'égare encore.

Il y a 200 ans naissait, dans une fin de siècle mouvementée (on s'excuse, ce n'était qu'une fin de siècle, pas de millénaire), il y a 200 ans naissait Pauline Jaricot, qui a sa façon a choisi de faire de sa vie un jubilé plutôt qu'un bogue... oui un jubilé même si elle s'est éteinte criblée de dettes. Apparemment tout avait bogué mais elle aspirait au jubilé, à ce que ses dettes soient effacées. Je vous raconte son histoire sans vous la raconter. Comme toutes les histoires, je raconte ce qu'un autre a raconté à quelqu'un d'autre qui l'a raconté à quelqu'un d'autre... et je raconte ça comme un pauvre clown qui comprend, comme il peut, ces histoires, c'est-à-dire qui n'en comprend pas grand'chose... sinon...

Je recommence. Il était une fois Pauline Jaricot, née à Lyon en 1799. Je ne vous raconte pas son enfance... je l'imagine à 20 ans ou presque, ou plus, et elle est déjà ce qu'elle sera : une MULTIPLIANTE (bis). C'est ça qu'elle est la Pauline (excusez ma familiarité) une multipliante (d'autres diraient une multiplicatrice) ; en fait elle additionne et multiplie. Et ça donne plus, toujours plus, jusqu'à l'infini... jusqu'à l'infini.

Mais comment vous expliquer ce qu'est une multipliante. Procédons par contraste ou par comparaison. Il y a dans le monde des multipliantes, comme Pauline, mais il y a aussi des diviseurs ou des divisionnaires... je ne sais pas (je ne donne pas de nom, pour le moment). Les diviseurs divisent ; les divisionnaires divisionnent ; ils sont plus divisés que visionnaires, d'ailleurs. Avec eux on divise, on divise ; l'objectif c'est d'atteindre le point zéro... et même, si possible, un peu plus bas... moins quelque chose. Alors que les diviseurs visent (di-visent) le point zéro, ou moins, les multipliants et multipliantes, comme Pauline, visent l'infini. On est entre le zéro et l'infini. Les diviseurs ont un nom... grec ; oui, oui, oui, un nom grec : diabolos, celui qui divise. Les multipliants-tes, comme Pauline, ont aussi un nom grec (quand même !) : sum-bolos, ce qui rassemble, le symbole. Vous voulez savoir qui était Pauline Jaricot : une sum-bolos, sum-bolè... je ne sais pas. en tout cas un symbole vivant, celle qui rassemble, en multipliant.

Une multipliante, c'est quelqu'un qui, dans son temps, en jonglant avec son temps, sent l'odeur du vent - oui, oui, l'odeur du vent !) ; le souffle, l'esprit. Le vent, c'est comme l'esprit, ça souffle où ça veut. Les diviseurs retiennent le vent, étouffent l'esprit, soufflent sur le souffle, éteignent la mèche qui fume encore. Ils visent le point zéro. Les multipliants-tes attisent le feu en soufflant, se mettent dans le courant d'air, du vent, pour le sentir et se laisser porter, pour multiplier le vent :

 

Pauline, Pauline

Tu jongles avec le temps

Pauline, Pauline

Tu multiplies le vent

 

C'est comme ça que cette multipliante a fondé la Propagation de la foi. En additionnant les unités et en faisant des dizaines. En multipliant les dizaines et en en faisant des centaines. En multipliant les centaines et en en faisant des mille. Pauline a fait des mille et des mille avec presque rien, des unités, de petites unités... additionnées et multipliées. Oui, elle a fait des mille et des mille et pourtant, elle est restée sur place. Elle est le type même de la missionnaire du sur place. Une espèce d'internaute avant son temps. Oui, oui, Pauline a inventé une espèce d'Internet spirituel. Tu restes sur place et tu fais le tour du monde. L'important, c'est d'être relié. D'un à un, de main à main.... comme une chaîne sans frontière. Et quand on est relié, on est multiplié.

C'est en reliant et en multipliant que cette... multipliante a fondé la Propagation de la foi. Elle a propagé, elle a propagé en mettant ensemble, comme un symbole vivant, de petites unités. Pauline est une femme qui propage. Je n'étais pas là mais j'imagine comment on pro-page. Pauline s'est sûrement dit : comment on propage, comment chacun et chacune écrira sa page ? Si chacun écrit sa page, ça propage et ça fait un grand livre, un grand livre de la foi, et plusieurs livres, une vraie bible. Ça propage la foi. Mais dit quelqu'un, si je ne suis pas capable d'écrire même une page. Alors écris un mot, dit Pauline, et quelqu’un d'autre écrira un autre mot, et un autre...un autre mot... et ça finira par faire une page et ça se pro-pagera- Mais si je ne trouve pas un mot ? Alors écris une lettre, et un autre écrira une autre lettre, et une autre écrira une autre lettre et ça fera un mot, et après un autre mot, et un autre mot et ça fera une page et ça pro-pagera. Oui écris une lettre et tu seras une femme de lettre, ou un homme de lettre et tu contribueras à ce que ça pro-page.

C'est bien, alors j'écris un B. - C'est bien ton B, c'est vraiment bien tombé, dit Pauline. - Alors dit une autre, si tu mets un B, je mets un O. - C'est bon ton O, j'avais tellement soif de ton o(eau), dit Pauline. Un autre dit : - Si tu mets un B et toi un O, je mets un N, comme ça, sans savoir pourquoi... et Dieu verra ce qu'il fait avec ça. Et Dieu vit le B, le O et le N, oui Dieu vit que c'était BON.., oui c'était bon et ça se propagea. Et les lettres devinrent des mots, et les mots devinrent des pages, et ça se propagea... et les pages devinrent des livres de foi. Ainsi naquit la propajation, propagation de la foi... j'imagine, j'magine.

 

Pauline, Pauline

Tu jongles avec le temps

Pauline, Pauline

Tu multiplies le vent

 

Comme un bateau sur la grève

Qui veut aller au bout de la mer

Tu donnes des mains à tes rêves

Par une chaîne sans frontières

 

Pauline, Pauline

Tu inventes une voie

Pauline, Pauline

Pour partager ta foi

 

Pour propager la foi

 

Mais vous croyez cette histoire? Que Pauline Jaricot a vraiment fondé la propagation de la foi. Mais non, vous le savez bien, elle n'était pas là en 1822 quand on fonda la Propagation de la foi. Non elle ne pouvait pas être là car elle avait deux défauts majeurs, difficilement pardonnables. Elle était jeune... ça ça ne pardonne pas... et elle était femme ; ça ça peut toujours être pardonné mais ça prend du temps et dans le temps, on n'avait pas le pardon facile pour ce genre de défaut... naturel. Elle était jeune et elle était femme... comment une jeune femme peut-elle être considérée comme fondatrice de quelque chose quand 12-15 hommes d'un certain âge sont là pour y voir. Et ils y ont vu à la fondation de la Propagation. Ils y ont tellement vu qu'ils n'ont pas vu Pauline. Balayée la jeune, balayée la femme... on est dans les choses sérieuses ici. C'est de la foi qu’on parle.

Mais si une jeune, si une femme ayant foi pouvait fonder... vraiment...surtout quand c'est une multipliante. Avoir foi c'est être multipliante. Pauline, c'était une femme spéciale qui dérangeait parce qu'elle avait des idées multipliantes, des idées qui mettaient le feu ; elle qui se décrivait comme la première allumette qui allume le feu, était parfois, à contre-temps, comme une fontaine ou comme une goutte d'eau, comment dire, paradoxalement, la goutte d'eau qui met le feu aux poudres... genre.

 

Pauline, Pauline

Tu jongles avec le temps

Pauline, Pauline

Tu multiplies le vent

 

Comme une fontaine d'eau vive

Vivante de ta propre vie

Tu allumes un feu sur la rive

Qui se répand petit à petit

 

Pauline, Pauline...

 

Pauline savait ce qu'elle avait fondé mais elle ne s'est pas accroché à son titre ; les multipliantes ne s'arrêtent pas aux batailles de fondation ; elles préfèrent le vent qui souffle et qui les mène plus loin, ailleurs. Elles ont autre chose à faire... les multipliantes. Si les diviseurs étouffent le souffle, retiennent le vent, enferment l'esprit, les multipliantes cherchent de nouvelles voies pour respirer l'air et faire respirer les autres en leur apportant un air nouveau, en leur chantant un air nouveau qui fait vivre. Un bon air, un air de fleurs, une odeur de fleurs, un air de rose, un air de rose, un ROSE-AIR. Eh! oui un rose-air... plein de vie. Un rosaire vivant... pour faire vivre, pour faire respirer aux plus simples un air de rose, et pour qu'ils se sentent liés au monde entier.

Quelqu'un dit : le rosaire c'est trop, tout ce que j'ai c'est un ave (chant : Ave maria), oui tout ce que j'ai, c'est un ave et un ave nu, un simple ave nu - Ça va, avec ton ave nu et un autre ave nu, on établira des communications... une grande route ; et les ave feront des dizaines et les dizaines feront des chapelets et les chapelets feront des rosaires... vivants... comme une grande route de la foi (aujourd'hui, on dirait une autoroute de la foi, un grand internet de la foi ; alors on disait la communion des saints, un chemin de roses spirituelles, un rose-air et ça faisait vivre des gens de toutes sortes qui se sentaient liés avec le monde entier en récitant leur ave. Je ne sais pas ça s'est passé comme ça ; je n'étais pas là... mais j'imagine, j'imagine. Et je vois les roses en l'air comme une grande couronne... internautique.

J'imagine Pauline, cette femme de multiplication, (cette femme multipliante comme celui qui, un jour, parce que des gens avait faim avait multiplié les pains), et j'imagine Pauline chantant cette chanson :

 

Chanson: La multiplication des pains

 

Refrain :

 

On multiplie le(s) pain(s)

Comme on refait la vie

Un don de main à main

Qui s'étend à l'infini

 

Ton petit pain deviendra grand

Si tu le fais avec les autres

Il se fera festin des gens

Jusqu'à nourrir le coeur des autres

 

Ton petit sou deviendra grand

Si tu le mets avec les autres

Se propagera en foi des gens

Jusqu'à chanter celle des autres

 

Ton petit rêve deviendra grand

Si tu le vis avec les autres

Se transformera avec le temps

Jusqu'à aimer celui des autres

 

Ton petit temps deviendra grand

Si tu le passes avec les autres

Comme une goutte d'eau dans l'océan

Il fera naître la vie des autres

 

Pauline, femme de soie, issue du milieu de la soie... sortit de chez soi et de sa soie... simplement... et voulut aider ou partager avec les gens, avec les ouvriers, les ouvrières. Elle qui avait imaginé le partage du sou comprenait le sens du partage des sous. C'est comme ça quand on est une multipliante. Mais des diviseurs flouèrent la multipliante... et elle se retrouva sans le sou. Oui, la femme du sou sacrifié et partagé se retrouva... sans le sou. Vraiment en dessous, sans dessus-dessous. Les diviseurs qui visent le point zéro... et moins avaient atteint leur objectif. Ils ont fait plier Pauline. Pauline, la multipliante se retrouva multi-pliée, courbée, pleine de dettes... dont elle rêvait de se débarrasser avant de s'en aller. Elle rêvait d'un grand jubilé où les dettes seraient remises. La multipliante était devenue multi-suppliante.

 

Chanson :

 

Remets-nous nos dettes, c'est le jubilé

 

Elle avait des dettes

S'était fait rouler

Rêvait de les remettre

Avant de s'en aller (Bis)

 

--------

Et quand tous la guettent

Comme des créanciers

Elle porte l'étiquette

De la femme ruinée

 

Et quand tous s'arrêtent

Pour la regarder

Elle hoche la tête

Faible et fatiguée

--------

Elle meurt dans les dettes

Pauvre et esseulée

Partie sans les remettre

Dans l'éternité

 

Elle meurt dans les dettes

 

Car en Dieu s'arrête

Pour l'éternité

 

Refrain :

 

Remets-nous nos dettes

C'est le jubilé

En ce jour de fête

Il n'y a plus de créancier

 

Remets-nous nos dettes

C'est le jubilé

Quand le temps s'arrête

Dieu n'est pas créancier

 

Pauline est morte en dettes... mais Dieu qui l'attendait n'était pas créancier ; il fêtait déjà le jubilé... et son ordinateur n'avait pas bogué.

Peut-être qu'un jour Pauline sera reconnue comme une sainte mais peut-être aussi que ce n'est pas cela qui importe le plus ...finalement. Car sainte elle l'était parce que Pauline-la multipliante a permis a des gens, des milliers de gens d'être un peu dans la lumière. Pour elle a permis à la lumière de passer.

Car qu'est-ce qu'un saint, qu'est-ce qu'une sainte ? Un jour dans une classe une professeure a demandé à ses élèves, des jeunes de 7-8 ans : - Pour vous, c'est quoi un saint ? Et un jeune garçon a répondu : - Un saint c'est quelqu'un qui laisse passer la lumière - la professeure émerveillée par la réponse du jeune lui dit : Mais pourquoi dis-tu cela ? Le jeune répondit : - La semaine dernière, je suis allé dans une église avec mon grand-père et il m'a montré les vitraux et il m'a dit que c'étaient des saints.

 

Chanson : Laisser passer la lumière

 

Rappel: Personne n'est né pour un gazou

 

Re-Rappel: Chanson de Pauline (Jaricot)

 

Refrain :

 

Pauline, Pauline

Tu jongles avec le temps

Pauline, Pauline

Tu multiplies le vent

 

Refrain final :

 

Pauline, Pauline

Tu inventes une voie

Pauline, Pauline

Pour partager ta foi

...

Pour propager la foi

 

Comme un bateau sur la grève

Qui veut aller au bout de la mer

Tu donnes des mains à tes rêves

Par une chaîne sans frontière

 

Comme une fontaine d'eau vive

Vivante de ta propre vie

Tu allumes un feu sur la rive

Qui se répand petit à petit

 

Liste des monologues

Bozo